La
sortie du 27.04.2002 en Côtes d'Armor
Elle
a eu lieu dans la région de Belle-Isle-en-Terre (Côtes d'Armor)
compte-rendu
Un
exemple de la géodiversité en Bretagne intérieure
ou
Des gneiss de Belle-Isle-en-Terre aux Schistes de Châteaulin
(Côtes d'Armor)
Sortie animée par
Pierre Jégouzo (Université de Rennes 1)
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La région visitée lors de cette sortie
montre une géologie délicate à déchiffrer
en raison de la diversité et du grand nombre de formations
rencontrées sur un territoire relativement restreint, ainsi
que de la juxtaposition (ou de la superposition) de phénomènes
géologiques, ce qui explique en grande partie son peu d'attrait
pour les géologues.
Dans ce domaine costarmoricain s'affrontent et s'interpénètrent
la terminaison occidentale des formations métamorphiques et
magmatiques de la chaîne cadomienne et les formations sédimentaires
paléozoïques (Silurien à Carbonifère) du
flanc nord du Synclinorium médian armoricain déformées
dans la chaîne varisque.
Cette situation est en outre compliquée par la mise en place
des granites hercyniens de Plouaret et Quintin et par le développement
d'orthogneiss et de mylonites au long du Cisaillement nord-armoricain.
Cette sortie, conduite par Pierre Jégouzo, a permis aux personnes
présentes de découvrir et de déchiffrer les quelques
affleurements qui sont présentés ci-après.
Elle s'est clôturée à Locarn par la visite d'un
exemple de valorisation du patrimoine géologique.
Arrêt n°1
Sortie sud de Belle-Isle-en-Terre
Au sortir sud immédiat de Belle-Isle-en-Terre (D 33) affleurent
des gneiss sombres dont la foliation métamorphique présente
un fort pendage vers le Nord.
Ce sont des gneiss à biotite et parfois sillimanite sans grande
originalité qui offrent une certaine analogie avec les gneiss
classiques de la vallée de la Rance au sud de Saint-Malo et
Dinard.
On y note un début de mobilisation anatectique (fusion) soulignée
par la présence de veines quartzo-feldspathiques à composition
granitique qui correspondent au leucosome des migmatites.
Veines et plis sont d'ailleurs fort bien visibles dans les moëllons
de gneiss qui constituent une bonne partie de l'appareillage des vieux
bâtiments de la ville.
Ces roches sont sans doute protérozoïques et il est possible
de leur assigner un âge voisin de 570 millions d'années,
âge des migmatites de Guingamp.
Arrêt n°2
Vallée du Guic au droit de la Forêt de Coat an
Noz
Au long du cisaillement nord-armoricain (CNA), l'orthogneiss de
Loc-Envel forme une étroite lanière de quelques centaines
de mètres de largeur pour une longueur d'une trentaine de kilomètres.
Il affleure au long de la rivière Guic où la roche est
de couleur sombre, finement oeillée.
Il s'agit d'un granite à biotite, totalement transformé
dans un domaine de cisaillement varisque en une mylonite à
foliation gneissique bien marquée.
Son âge n'est pas connu, mais son protolithe pourrait être
cadomien (540 Ma).
Arrêt n°3
Carrière de Coat Losquet, à l'ouest de Loc Envel
Cette ancienne exploitation de grande taille, aujourd'hui totalement
délaissée, est ouverte dans des schistes et quartzites
(Formation de Coat Losquet) dont l'âge est imprécis.
Les fronts de taille, bien que dégradés, montrent une
alternance de niveaux quartzitiques sombres d'épaisseur décimétrique
à métrique et de schistes alumineux gris ou noirs, essentiellement
micacés. L'ensemble est très redressé.
Les caractères lithologiques de cette formation sont assez
semblables à ceux de la Formation des Schistes et quartzites
de Plougastel d'âge dévonien que l'on trouve dans les
Monts d'Arrée relativement proches.
On note dans les niveaux favorables la présence de nombreux
porphyroblastes d'andalousite sans orientation nette dont le développement
thermométamorphique est issu de la mise en place du granite
de Plouaret observable un peu plus au nord.
Arrêt n°4
Route de Loc Envel à Plougonver
Au sud de Loc-Envel, la route pénètre dans le complexe
basique de Calanhel dont on trouve ici des métagabbros essentiellement
accessibles aujourd'hui sous forme de pierres volantes que l'on peut
collecter dans les landes et les champs de part et d'autre de la route.
Ce sont surtout des roches grenues à microgrenues, denses,
de couleur verdâtre qui correspondent à d'anciens gabbros
ou d'anciens basaltes et dolérites métamorphisés.
Ils occupent, à côté d'amphibolites que l'on observera
dans l'arrêt n°6, la plus grande partie de ce complexe magmatique
briovérien.
Arrêt n°5
Carrière de Milin ar Stang en Lohuec
Au sud-ouest de Lohuec, la petite carrière abandonnée
de Milin ar Stang, aujourd'hui "gardée" par une batterie
de ruches, et connue dans la littérature géologique
sous le nom de carrière de Moulin Quelen, entame des roches
volcaniques dont l'architecture est ici remarquable.
Ces roches montrent en effet un très beau débit en
coussins (pillow-lava) caractéristique de certaines coulées
basaltiques épanchées dans l'eau que ce soit un milieu
marin ou un milieu terrestre (lac, rivière,
).
Les coussins, de taille souvent métrique, sont presque redressés
à la verticale. Ils sont pratiquement jointifs, se moulant
les uns les autres,la matrice qui les englobe étant très
réduite. On n'y observe pas de façon immédiate
la distinction classique entre bordure variolitique et cur plus
massif, mais pourtant elle existe.
La roche de couleur vert-sombre correspond à un basalte spilitisé
dans lequel il est difficile d'identifier à l'il nu les
minéraux. Une lame-mince montrerait qu'il est constitué
d'un plagioclase albitique, d'augite, de calcite, de sphène,
la bordure montrant une texture variolitique, le cur une texture
arborescente.
La matrice apparaît essentiellement chloriteuse, la minéralogie
étant complétée par du sphène, de la calcite.
L'âge de cette coulée, bien que souvent placé
dans le Dévonien n'est pas définitivement fixé
; il pourrait tout aussi bien être Briovérien.
Du point de vue patrimonial, il s'agit du seul site à pillow-lavas
bien conservé et facilement accessible en Bretagne intérieure,
les sites équivalents étant à rechercher sur
la côte (pointes de Guilben à Paimpol, de Lostmarc'h
à Crozon, de la Heussaye à Erquy
).
C'est la raison pour laquelle cette carrière figure en bonne
place à l'inventaire des sites géologiques de Bretagne.
Arrêt n°6
Carrière de la Roche en Calanhel
Au sein du complexe basique de Calanhel, la carrière de la
Roche, en activité pour granulats, entame des amphibolites.
Généralement la roche est foliée et faite d'une
hornblende vert sombre et d'un feldspath plagioclase blanchâtre,
néoformé.
Elle peut être plus massive, mais également litée
notamment à la périphérie de la carrière
actuelle
Certains niveaux sont riches en grenat rouge plurimillimétrique.
Ce minéral, dont le caractère de relique apparaît
clairement au sein de la paragenèse à hornblende, pourrait
être le témoin précoce du métamorphisme.
Le litage magmatique, primaire, et la composition chimique sont interprétés
comme ceux d'un ancien gabbro correspondant peut-être à
un ancien plancher océanique.
Ce métagabbro dont l'âge se situe autour de 600 millions
d'années appartient à une nappe de socle chevauchant
vers le sud des micaschistes briovériens à biotite et
muscovite qui constituent l'anticlinal de Callac.
Arrêt n° 7
Gorges du Korong (ou Corong)
Dans les Côtes d'Armor, le granite de Quintin est sans doute
le massif le plus réputé pour ses paysages et ses spectaculaires
chaos qui ont depuis longtemps retenu l'attention des services chargés
du patrimoine touristique.
Ce sont principalement le chaos du Gouët sur le Gouët au
sud-ouest de Saint-Brieuc, les Gorges de Toul-Goulic sur le Blavet
au nord-ouest de Saint-Nicolas-du-Pelem et les Gorges du Korong sur
le modeste ruisseau de l'Etang de Follézou à proximité
de Locarn.
Dans ce dernier site, le chemin qui part de la zone de stationnement
et descend vers le chaos permet des observations intéressantes
sur l'architecture du granite, son altération, son érosion
et le mode de formation de la spectaculaire accumulation de blocs
qui barrent le cours du ruisseau.
Les affleurements rocheux montrent un granite de teinte relativement
claire, à texture porphyroïde très nette, les cristaux
d'orthose dépassant souvent le centimètre.
Il est parcouru de diaclases assez régulièrement espacées
qui le découpent en gros blocs parallélépipédiques
dont certains sont presque totalement déchaussés et
prêts à rouler vers la rivière.
Une trouée claire au sein du sombre couvert végétal
et voici le chaos granitique le plus spectaculaire de Bretagne, sinon
le plus réputé, bien plus sauvage que les diaboliques
rochers de Huelgoat.
A la gauche du chemin, une véritable rivière de blocs
de granite semble s'échapper de la forêt au-dessus du
modeste ruisseau dont on entend le bruit sous les pieds surtout lorsqu'il
est gonflé par les pluies.
Les blocs plurimétriques fortement polis, arrondis se sont
accumulés les uns sur les autres comme tourneboulés.
Un bouillonnement minéral, affirment certains.
L'eau de pluie a fait le plus gros en découpant, en épaufrant
les blocs, l'eau de la rivière a fait les finitions en les
polissant.
Une légende raconte que c'est le géant Boudédé,
cousin de Gargantua, si souvent évoqué au cur
de la Bretagne (le Kreiz-Breizh), qui aurait lâché de
ses chaussures quelques " graviers " qui le gênaient
!
Il suffit de descendre le chemin pour accéder, sur la rupture
de pente, au front de la " coulée de blocs " là
ou jaillit parfois une petite cascade, alors qu'au nord dans la pente,
le granite a développé des cornéennes sombres
au sein des sédiments carbonifères de la Formation des
Schistes de Châteaulin.
NB- A Bulat-Pestivien,
au cur du granite de Quintin, face à la superbe église,
existe un petit " musée du granit " (Ti ar Mein),
ouvert essentiellement l'été, qui présente la
géologie du massif de Quintin, son patrimoine paysager et architectural.
Arrêt n° 8
Carrière au sud-est de Locarn
A quelques centaines de mètres au sud-est de Locarn au long
de la route menant à Maël-Carhaix, une carrière
exploitait des grès et schistes appartenant à la Formation
sédimentaire carbonifère des Schistes de Châteaulin.
Grès, grauwackes et siltites de couleur sombre sont ici très
redressés, les couches montrant un fort pendage vers le sud.
Les structures et figures sédimentaires (litages arqués,
figures de charge, ripple-marks) y sont fréquentes.
De nombreux débris de plantes flottés sont observables
dans certains niveaux.
Une schistosité, légèrement oblique par rapport
à la stratification, est développée dans les
niveaux les plus fins qui sont susceptibles de fournir des ardoises
comme celles exploitées jusqu'à une date récente
à Moulin-Lande au nord de Maël-Carhaix.
Arrêt n° 9
Maison du Patrimoine à Locarn
Depuis quelques années la commune de Locarn soucieuse de protéger
et de présenter la diversité de son sous-sol et de ses
paysages a ouvert une " maison du patrimoine " implantée
au cur même du village, à côté de
la mairie (place du Centre)
Cette structure offre, entre autres, au visiteur la possibilité
de s'informer sur le granite de Quintin, sa géologie, son mode
de formation et de mise en place, son utilisation architecturale ainsi
que sur le Schiste ardoisier de Maël-Carhaix, sa géologie,
l'histoire humaine de son exploitation.
NB- Le Conseil
général des Côtes-d'Armor a réalisé
un sentier d'interprétation jalonné de bornes numérotées
qui part du parking de Quélennec (route St-Nicodème-Locarn),
traverse la lande puis la forêt et aboutit au chaos du Korong.
Il se pratique à l'aide d'une petite brochure diffusée
en saison à Locarn par l'Association Locarn Tourisme et Culture.
Renseignements pratiques
· Feuilles géologiques à 1/50
000ème concernées par cette sortie : Belle-Isle-en-Terre
et Carhaix-Plouguer
· Feuilles IGN à 1/25 000ème
: 0716 Ouest (Guerlesquin), 0716 Est (Belle-Isle-en-Terre), 0717 Ouest
(Carhaix-Plouguer), 0717 Est (Maël-Carhaix)
· Maison du Patrimoine à Locarn : Place
du Centre - tél.: 02 96 36 66 11
Jean
PLAINE, Novembre 2002