La
sortie du 12.03.2005 à Landévennec, Finistère
Les cordons de l’anse du Loc’h, Landévennec
(Finistère)
Sortie animée par Bernard Fichaut et Pierre Stéphan,
Université de Brest
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La rade de Brest est riche en sites
géologiques réputés. Elle possède également
un patrimoine beaucoup moins connu mais surtout plus rare dans l’Ouest
de la France, à savoir de nombreux cordons littoraux dont la
liste et la description ont été données dès
1957 par le géographe André Guilcher.
Sous cette dénomination de cordons littoraux sont englobées
toutes les plages qui ont la particularité de ne pas être
adossées à la côte.
Elles sont nombreuses dans la rade, ces formations résultant
toujours de dépôts sédimentaires volumineux dans
des secteurs de diminution de l’énergie des vagues.
En général présentes sur des littoraux exposés
aux grandes houles venues du large, celles qui sont reconnues dans
la rade ne répondent pas à ce schéma. Deux facteurs
favorisent leur existence : d’une part l’extrême
découpage du trait de côte où, sur de faibles
distances, se succèdent pointes rocheuses et profondes rias
donc secteurs d’érosion et de dépôt, d’autre
part l’abondance du matériel sédimentaire mis
à la disposition des vagues.
Dans la rade en effet, les vagues sont particulièrement efficaces
pour éroder les sédiments meubles que l’on trouve
en haut de l’estran et qui sont du head périglaciaire
issu de la gélifraction et de la gélifluxion des versants
rocheux au cours du Pléistocène.
Faisant suite à une série de présentations
de ces particularités géomorphologiques la veille à
Argol, complétée par l’analyse d’un premier
site à Logonna-Daoulas, la sortie de ce jour avait pour objet
la visite, au cours de la matinée, d’un deuxième
site du sud de la Rade, l’anse du Loc’h à Landévennec
(Fig.1)

Fig.1- Situation géographique de l’anse du Loc’h
dans la rade de Brest
Les grains du matin n’ont pas rebuté la quinzaine
de personnes venues découvrir les cordons littoraux de l’anse
du Loc’h, situés à la limite des communes de Landévennec
et d’Argol.
Pour remonter à l’histoire de la formation
de ces cordons, il faut se diriger à l’Ouest sur l’estran
afin de connaître l’origine des cailloutis qui constituent
la flèche actuelle et comprendre comment ils ont pu s’accumuler
dans cet endroit.
La falaise rocheuse y apparaît constituée d’une
alternance de couches de grès et de couches de schistes d’épaisseur
décimétrique souvent verticales et déformées
par des plis disharmoniques dont les charnières sont fort bien
visibles; les bancs de grès, souvent quartzitiques, sont en
relief par rapport aux niveaux schisteux.
Pli dans la formation des schistes
et quartzites de Plougastel
Cet ensemble appartient à la
formation dévonienne des Schistes et quartzites de Plougastel.
Il est à priori susceptible d’avoir fourni des fragments
rocheux, mais l’énergie des vagues est insuffisante pour
efficacement éroder ces roches.
Par contre, au-delà de cette pointe, la grève suivante
montre une haute falaise constituée de sédiments quaternaires
meubles périglaciaires appelés head;
il s’agit de coulées à blocs à matériel
très hétérométrique constitué d’une
matrice argileuse qui englobe en proportions variables des graviers,
cailloux et blocs. Compte tenu du pendage des couches du socle sous-jacent
et au gré des alternances journalières et saisonnières
gel-dégel ce matériel a pu descendre jusqu’à
l’estran; là il a livré aux marées et aux
houles de tempête des fragments rocheux parmi lesquels les plus
lourds sont restés sur place tandis que les plus légers
(cailloux, graviers), entraînés dans la dérive
littorale, ont été transportés au delà
des pointes rocheuses. Là, dès qu’un abri s’est
présenté, il y a eu dépôt en masse.
Ce phénomène se poursuit aujourd’hui comme le
montrent les fragments rocheux triés et accumulés sur
l’estran derrière la pointe rocheuse lorsqu’on
revient vers le Loc’h .
Il faut dire que l’érosion est loin d’entraîner,
comme on pourrait le penser, la régularisation du rivage mais
bien au contraire puisqu’elle agit plus sur les zones constituées
de head en les creusant que sur les zones dures.
Dans certains cas, le fluage a organisé les dépôts
en couches de nature et de granulométrie différentes
qui ont pu se voir cimentées par la précipitation d’oxydes
(de manganèse en particulier) et donner aujourd’hui une
formation géologique appelée grèze
litée dont on a un exemple très spectaculaire
en cet endroit. Il s’agit d’un type de formation fréquente
en domaine périglaciaire que l’on trouve en plusieurs
endroits de la rade mais qui demeurent exceptionnels en Bretagne.
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Le quaternaire: falaise de head et
grèze litée
Les cordons se situent au débouché de la profonde vallée
du Loc’h qui incise la formation des Schistes et quartzites
de Plougastel sur le versant sud de la rade de Brest. Une double flèche
de galets isole de la mer un petit marais maritime (Fig.2).
La flèche interne qui s’enracine à l’Est
n’est plus active tandis que la flèche externe accrochée
à l’Ouest est fonctionnelle et domine la première
de plus d’un mètre. Cet ensemble réalise ainsi
un système en chicane souvent considéré comme
d’origine unique mais aujourd’hui il est clair qu’il
s’agit de deux cordons superposés, la flèche externe
s’étant développée sur une flèche
interne plus ancienne également ancrée à l’Ouest.
Il faut noter qu’une autre vallée, à l’Est,
celle du ruisseau du Bois du Loc’h, aboutit également
dans l’anse.

Fig.2- Les flèches du Loc’h à Landévennec
(d’après Stéphan et al., 2005)
Pour gagner la mer, le ruisseau du moulin du Loc’h adoptait
à l’origine un tracé en baïonnette, venant
dans la partie occidentale de l’étang buter contre le
sillon le plus récent pour partir vers l’Est et déboucher
sur le rivage à son extrémité orientale. Ce dispositif
a été plusieurs fois modifié par l’ouverture,
lors de marées importantes ou de tempêtes, de brèches
dans la flèche externe.
En 1993, lors de la « marée du siècle »,
une nouvelle rupture intervient favorisant la vidange totale du marais
et son assèchement. Au début de 1994 des travaux de
colmatage et de reprofilage du cordon sont entrepris, mais les conditions
du fonctionnement hydrodynamique du secteur sont profondément
modifiées.
En Décembre 2003 un épisode pluvieux entraîne
l’ouverture d’une brèche dans la flèche
interne pratiquement au milieu de sa longueur ; empruntée par
les courants de marée, elle s’élargit rapidement
et entaille le cordon interne sur près de 4 mètres.
L’ancien chenal d’évacuation situé entre
les deux cordons est abandonné, de nouveaux chenaux creusent
facilement le matériel sablo-vaseux de l’étang
du Loc’h, tandis que les courants de vidange qui s’échappent
de l’étang à marée descendante sont contraints
de décrire un coude au sortir de la brèche.
Ceci a pour effet d’entraîner la sape du revers de la
flèche externe qui perd ainsi du matériel et qui amène
sa fragilisation.
La flèche interne entièrement colonisée
par une végétation de plantes halophites (Obione), est
une construction fossile composite comme on peut le voir au long du
chenal de vidange en regardant côté étang ; les
niveaux supérieurs sont constitués de fragments rocheux,
souvent anguleux, englobés dans matrice sablo-limoneuse beige
à ocre ce qui laisse supposer qu’ils ont été
pendant un long moment soustraits à l’influence marine
et que le cordon s’est mis en place avant la dernière
période glaciaire. Sous ces niveaux et au fond du chenal apparaissent
des argiles ocres qui contiennent des amas de tourbe.
Ces argiles s’observent également côté mer
où elles forment le soubassement de la flèche externe
sur quelques dizaines de centimètres d’épaisseur.
La flèche externe est un édifice actif
soumis à l’action des vagues et seule sa crête
porte quelques touffes de végétation. Il s’agit
d’une construction postglaciaire, édifiée à
partir du moment où la mer est remontée à son
niveau actuel.
Il résulte, comme la flèche interne, d’une accumulation
de débris fournis par une dérive littorale d’orientation
ouest-est tendant à barrer la vallée du Loc’h.
Née plus en avant, elle recule de façon permanente,
chevauchant l’édifice ancien. Les matériaux constitutifs
sont d’origine locale comme on l’a évoqué
précédemment mais on remarque aussi la présence
d’éléments allochtones d’origine plus lointaine.
Le surcreusement du chenal, suite à l’ouverture de la
brèche, déstabilise la partie distale de cette flèche
qui s’érode rapidement sous l’action d’un
fort courant de vidange.
Le sommet de la flèche externe subit également un creusement
essentiellement sous l’action des vagues de tempête. Sa
largeur apparaît extrêmement réduite notamment
au niveau de son point d’ancrage.
Les cordons de l'anse du Loc'h
Comme on le voit, l’ensemble du secteur connaît
aujourd’hui un appauvrissement progressif en sédiments
; la flèche externe est menacée de rupture et les galets
transportés vers le bas de la plage ne pourront pas être
remontés par les vagues de la rade. Cet appauvrissement est
naturel, l’érosion a largement dégagé les
formations meubles périglaciaires, l’alimentation du
cordon ne peut plus être assurée et il est clair que
sa permanence est problématique si aucune intervention humaine
n’est rapidement engagée.
Il s’agit pourtant d’un remarquable patrimoine géomorphologique
qui se double d’un intérêt biologique puisqu’il
protège de l’action de la mer un environnement d’une
grande richesse floristique et faunistique.
Texte et clichés : Jean Plaine
Bibliographie
GUILCHER A., VALLANTIN P., ANGRAND J.-P., GALLOY P.
1957- Les cordons litoraux de la rade de Brest, Bull.Com.Oc.Et.Côtes,9,21-54.
HALLEGOUËT B., MOREL V. 1994- Flèches
en chicanes. Evolution du complexe du Loc’h en rade de Brest,
Penn ar Bed,152,20-31.
MOREL V. 1993- Méthode d’étude
de protection naturelle du littoral par les cordons de galets en rade
de Brest (le Loc’h de Landévennec, le Sillon des Anglais,
le Pal, le sillon de l’Auberlac’h), Mémoire
DEA de géographie,Université de Brest,80p.
STEPHAN P. 2004- Quelques données nouvelles
sur la dynamique morphosédimentaire des cordons littoraux de
la rade de Brest, les sillons d’Aod ar Mengleuz (Logonna-Daoulas)
et du Loc’h (Landévennec), Mémoire DEA Géographie,UBO,274p.
STEPHAN P., FICHAUT B., SUANEZ S. 2005- L’érosion
des cordons littoraux de Mengleuz et du Loc’h de Landévennec
en Rade de Brest : évolution récente et actuelle, Bull.Soc.géol.minéral.Bretagne,D,2,1-19.