La
sortie du 25.04.2004 en Normandie-Maine
Les
Chaudrons du Maine
Sortie animée
par Jean Le Gall, Université de Caen
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Au Cambrien, il y a quelques 500-530 millions d'années, donc
au début du Paléozoïque, l'extrémité
orientale du Massif armoricain et plus précisément la
bordure sud-est de la Mancellia (province géologique située
entre Maine et Normandie), a été le siège d'une
intense activité volcanique localisée dans un vaste
fossé qui s'étend du massif d'Ecouves jusqu'au bassin
de Laval, soit sur 75km de long pour 50km de large.
Les produits de cette activité volcanique sont aujourd'hui
reconnus dans les massifs paléozoïques d'Ecouves, de Multonne,
de Perseigne, d'Héloup, de Pail, d'Assé-le-Boisne, des
Coëvrons et de la Charnie (fig.1).

Fig. 1- Les volcanites cambriennes (en rouge) dans
les unités paléozoïques de l'Est du Massif armoricain
(d'après J. Le Gall, 1993)
Les roches volcaniques, connues sous le nom de volcanites du Maine,
y sont interstratifiées dans des sédiments cambriens
détritiques (grès, siltites) ou carbonatés, de
faible bathymétrie. A l'intérieur de ce fossé
volcano-tectonique appelé graben Normandie-Maine, les
centres éruptifs étaient localisés dans trois
structures principales de type caldera (ou caldeira) dont le diamètre
avoisinait parfois 20km: calderas d'Ecouves, d'Assé-le-Boisne-Pail,
de Perseigne, bordées d'un vaste domaine externe méridional
(fig.2).
Fig. 2- Reconstitution du graben du Maine au cours
du Cambrien (vers 500 Ma), alors que la caldera d'Assé-le-Boisne-Pail
était en activité (d'après J. Le Gall, 1993)
Les calderas ("chaudrons") sont
des dépressions généralement circulaires, apparues
lors d'éruptions cataclysmiques par effondrement du toit de
la chambre magmatique, après expulsion d'un énorme volume
de magma.
L'activité volcanique s'exerce lors de plusieurs phases,
certaines paroxysmales, dont le dynamisme hautement explosif se traduit
dans la nature des produits émis qui sont principalement des
ignimbrites et des pyroclastites.
Les ignimbrites (de ignis, feu et imber,
pluie) sont le produit d'éruptions extrêmement violentes,
qui s'expriment par l'émission de coulées pyroclastiques
(coulées riches en gaz, chargées de particules chaudes,
progressant à très vive allure) issues pour la plupart
d'édifices volcaniques à base très large qualifiés
de strato-volcans.
Ces roches à chimisme acide (> 70% de silice), se sont
essentiellement accumulées à l'intérieur des
calderas (ignimbrites proximales) sur des épaisseurs pouvant
atteindre plusieurs centaines de mètres et représentant
un volume qui dépasse 100km3.
Cette activité explosive s'accompagne d'éruptions qui
expulsent un volume considérable de cendres et de ponces sous
forme de colonnes hautes de plusieurs kilomètres (type
plinien) mais aussi de l'extrusion de laves (andésites,
dacites, rhyolites) qui, bien que de faible volume, leur sont toujours
étroitement associées, soit sous la forme de coulées
et dômes, soit en fragments dans de nombreux tufs et brèches.
La position de certains centres éruptifs en bordure de mer
explique également le déclenchement de nombreuses éruptions
d'origine hydromagmatique, caractérisées par le très
fort degré de fragmentation du magma au contact de l'eau de
mer.
A l'extérieur des calderas s'échappent quelques coulées
pyroclastiques (ignimbrites distales moins chaudes et peu épaisses),
accompagnées d'énormes coulées de boue, appelées
lahars (exemple de la coulée meurtrière issue du volcan
colombien Nevado del Ruiz, ayant anéanti la ville d'Armero
en 1985).
Tous ces matériaux, dans lesquels s'intercalent des conglomérats
(formations à galets désignant d'anciens chenaux fluvio-marins),
s'accumulent au sud du graben Normandie-Maine, dans un bassin peu
profond (exemple de la région des Coëvrons où ces
matériaux sont exploités dans les grandes carrières
de Voutré en Mayenne).
Si les effets combinés de l'érosion et de la tectonique
(plissements varisques vers 340-300 Ma) ont, en raison de l'âge
respectable des éruptions, totalement effacé la morphologie
volcanique primitive, il nous reste heureusement les ensembles lithologiques,
objet de la sortie de ce jour.
Le
parcours et les différents arrêts
Par une agréable journée ensoleillée, quelques
25 personnes se sont retrouvées au pied de l'église
de Carrouges avant d'emprunter une "route des volcans" d'une
centaine de kilomètres depuis cette localité de l'Orne
jusqu'à Voutré en Mayenne (fig.3).

Fig. 3- Carte du parcours avec emplacement des différents
arrêts
Arrêt n°1 - la Carrière de Rouperroux (carrière
Le Torriellec)
A quelques kilomètres au sud-est de Carrouges, entre Chahains
et Rouperroux, la carrière Le Torriellec est ouverte dans un
panneau de roches volcaniques qui appartiennent au massif volcanique
d'Ecouves et qui apparaissent isolées au sein de formations
sédimentaires cambriennes (argilites et grès).
Un malheureux contretemps ne nous a pas permis d'accéder à
l'exploitation et c'est devant le portail fermé que notre guide
nous a fait, à partir d'un panneau et de schémas, une
présentation (quasi) exhaustive des manifestations volcaniques
qui se sont produites à l'aube de l'ère primaire dans
la province de Normandie-Maine.
Dommage que nous n'ayons pu accéder au front de taille, car
cette carrière exploite, au dire des "spécialistes",
l'une des plus belles ignimbrites que l'on puisse rencontrer dans
cette région.
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Les roches volcaniques de cette carrière se disposent
en un ensemble massif, sans intercalation sédimentaire
ou volcano-sédimentaire reconnue.
Les ignimbrites, violacées, grises, ou verdâtres,
montrent une remarquable texture flammée aux flammes
longues et étroites (5 cm de long pour 0,5 cm de large
au maximum) constituées d'un ancien verre vésiculé
ou fibreux.
Le microscope révèle une texture vitroclastique
(fragments de verre volcanique) soudée remarquablement
conservée.
Ces ignimbrites renferment de nombreuses enclaves anguleuses
de sédiments briovériens et cambriens ainsi
que des cinérites et des rhyolites.
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L'identification des ignimbrites, l'appréciation de leur volume
ainsi que l'analyse de leur structure intime sont fondamentales dans
la reconstitution des édifices volcaniques.
En effet, la tectonique et l'érosion ayant
fait disparaître toute morphologie permettant de reconnaître
quelconque structure volcanique dans le paysage, le dessin des 3 calderas
principales identifiées dans la province volcanique du Maine
(cf. travaux de J. Le Gall) est principalement fondé sur la
reconnaissance de la texture des ignimbrites.
Fig. 4- Position supposée de
la limite externe de la caldera d'Ecouves dans la coupe Chahains-Rouperroux
(Sud-Ouest du massif d'Ecouves) (d'après J. Le Gall, 1993)
Celles qui se sont mises en place dans la caldera se sont accumulées
sur une épaisseur importante et présentent de ce fait
une texture vitroclastique extrêmement soudée tandis
que celles qui ont débordé de la caldera, étant
peu épaisses, montrent une texture peu soudée.
Ce point de vue a été confirmé pour la caldera
d'Ecouves, lorsqu'une anomalie magnétique ayant été
décelée autour de Chahains-Rouperroux par la Société
Elf-Aquitaine; celle-ci, à la recherche d'amas sulfuré
comparable à celui connu à Rouez en Mayenne, a effectué
des forages qui ont permis de dresser une coupe de la région
(fig.4) et donc de tracer la limite externe de la caldera.
Plutôt qu'à l'amas sulfuré recherché, l'anomalie
s'est révélée correspondre à une importante
masse de lave andésitique ce qui est important pour une explication
de la genèse de ces ignimbrites (cf. fin de compte-rendu).
La caldera d'Ecouves est installée dans un environnement deltaïque
à marin peu profond dans lequel se déposent des calcaires
de plate-forme à stromatolites.
L'histoire volcanique s'y déroule au cours d'un seul grand
cycle éruptif (V1) qui se décompose en 3 phases principales:
une phase pré-caldera, une phase correspondant à la
formation de la caldera, une phase post-caldera.
La phase pre-caldera libère peu de magma mais est accompagnée
d'un important bombement tectonique; la seconde phase voit l'effondrement
du toit du réservoir magmatique (formation de la caldera) et
l'émission de très volumineuses ignimbrites qui restent
essentiellement cantonnées à la caldera mais peuvent
également s'en échapper vers le bassin de sédimentation.
La phase post-caldera voit le démantèlement des reliefs
et la libération de décharges conglomératiques
qui recouvrent les nappes ignimbritiques.
Arrêt n°2 - Saint-Léonard-des-Bois - route
D 112
En plein cur des Alpes mancelles, la Sarthe recoupe au sud
de Saint-Léonard-des-Bois le complexe volcanique d'Assé-le-Boisne
(fig.1). Les rochers ainsi dégagés, accessibles au long
de la D. 112, permettent d'observer les différents termes volcaniques
de ce complexe ainsi qu'un niveau sédimentaire.
L'évolution de la caldéra d'Assé-le-Boisne se
déroule en 3 cycles d'activité (V1 à V3) séparés
par le dépôt de corps sableux littoraux (Grès
de Sainte-Suzanne).
Dans ce secteur, la série cambrienne comprend trois formations:
les Conglomérats et arkoses, les Schistes et calcaires puis
les Grès de Sainte-Suzanne; ces derniers sont répartis
en 3 barres classiquement désignées par G1, G2 et G3
que séparent deux corps éruptifs V2 et V3.
Depuis le carrefour de la route de la route du Petit Coslin (ou Coslins)
est visible au sud, près du Pont de la Folie, la silhouette
d'un dôme rhyolitique ("crypto-dôme") tandis
qu'un peu plus à l'ouest c'est la ligne de crête constituée
par les conglomérats et arkoses de la base de la série
sédimentaire cambrienne qui barre le paysage.
En allant vers Saint-Léonard-des-Bois, les premiers affleurements
rencontrés au droit du Bois des Guerches sont principalement
constitués d'ignimbrites à texture vitroclastique généralement
soudée qui sont accompagnées de quelques tuffites (complexe
V2).
Tufs et tuffites: ce sont des roches volcanoclastiques,
c'est à dire formées pour tout ou partie de fragments
volcaniques, dont la taille des éléments majoritaires
est inférieure à 2 millimètres. Les tufs sont
essentiellement constitués de particules volcaniques, correspondant
souvent à des cendres consolidées (cinérites),
tandis que les tuffites sont constituées d'un mélange
de particules d'origine sédimentaire (épiclastes) et
de particules d'origine volcanique (pyroclastes).
Un peu plus loin, mais uniquement visibles en haut de pente, ce sont
les grès de Sainte-Suzanne (barre G2).
Ensuite viennent les laves et les brèches andésitiques
à dacitiques du complexe V3. Ces volcanites sont clairement
intrusives dans les ignimbrites et les grès G2. Ces roches
sont issues de la formation de stratovolcans érigés
à la bordure méridionale de la caldera (cf. fig.2).
Un peu plus loin, au delà du virage, un petit vallon transversal
marque le passage de l'important accident orienté Est-Nord-Est
- Ouest-Sud-Ouest qui correspond au chevauchement vers le sud de l'unité
allochtone de Saint-Pierre-des-Nids sur l'unité d'Assé-le-Boisne.
L'unité de Saint-Pierre-des-Nids ne comprend pas de cambrien,
le socle briovérien étant directement recouvert par
la Formation du Grès armoricain qui forme les hautes falaises
qui surplombent la Sarthe à Saint-Léonard-des-Bois.
C'est d'ailleurs au pied de ce site très touristique qu'a
été pris le déjeuner .
Après un long parcours routier vers le sud-ouest via Fresnay-sur-Sarthe
puis Sillé-le-Guillaume nous avons rejoint le synclinal des
Coëvrons dans lequel sont connues de nombreuses manifestations
volcaniques qui permettent de préciser la suite des événements
décrits dans l'arrêt précédent.
En effet, la fin de l'évolution de la caldéra d'Assé-le-Boisne
(cycle V4) voit d'abord l'éjection des plus volumineuses nappes
ignimbritiques du Maine qui débordent très largement
de la caldera vers Fresnay/Sarthe, puis la mise en place de gros volumes
de rhyolite.
En raison de leur caractère paroxysmal les éruptions
des cycles V3 et V4 se répercutent très largement au
delà du périmètre de la caldera d'Assé-le-Boisne,
notamment dans les Coëvrons fournissant un matériau de
choix qui est notamment exploité dans la carrière de
Voutré.
Arrêt n°3 - Carrières de la Kabylie et de la
Massottrie, Voutré, Mayenne
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Ces carrières sont implantées
sur le flanc septentrional du synclinal paléozoïque
des Coëvrons qui présente ici une très forte
dissymétrie. Alors que sur son flanc nord les couches
montrent un pendage normal d'environ 30° vers le sud, son
flanc sud est très redressé l'essentiel des formations,
notamment les roches volcaniques, ayant été supprimé
par une faille orientée N 70°. Ceci explique également
le relief de son flanc nord moins fortement érodé
que son flanc sud.
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Cette différence de morphologie est évidente lorsque
l'on monte par l'ouest le chemin pentu qui mène au belvédère
perché à quelques 300 mètres d'altitude.
Depuis ce superbe point de vue sont particulièrement bien
visibles les gradins de l'ancienne carrière de la Kabylie qui
est partiellement noyée. Les différentes ensembles volcaniques
et volcanosédimentaires inclinés vers le sud y sont
aisément identifiables à leur différence de couleur.
Au sud apparaissent les ateliers de concassage, de criblage, et les
zones de stockage des granulats tandis qu'au loin vers l'est est visible
la nouvelle exploitation de la Massottrie qui permet les observations
actuelles.
Plusieurs ensembles volcaniques et volcano-sédimentaires d'une
puissance totale de près de 170 mètres sont entaillés
par les deux exploitations. 150 mètres appartiennent à
la Formation des pyroclastites de Voutré, les
20 mètres sommitaux entrant dans la Formation des Grès
feldspathiques.
La carrière de la Massotrie qui a été visitée
lors de cette sortie, permet un accès aux unités supérieures
de la succession volcanique telle qu'elle a été décrite
par J. le Gall (Thèse, 1993).
On y voit:
- un ensemble bréchique inférieur qui repose sur quelques
horizons pyroclastiques.
- un ensemble médian dans lequel alternent décharges
conglomératiques et coulées pyroclastiques.
- un ensemble supérieur constitué de tuffites évoluant
de façon graduelle vers des faciès strictement sédimentaires.
* L'ensemble inférieur, d'une puissance avoisinant 50 mètres,
connu sous le nom de "brèche bleue", est très
massif. Il est constitué d'une alternance de brèches
ponceuses et de brèches à fragments lithiques dont la
taille est voisine de 5mm. Les fragments sont dispersés au
sein d'une matrice fine cinéritique. Dans les brèches
ponceuses la matrice a une texture vitroclastique riche en fragments
ponceux. Elles correspondent clairement à des coulées
pyroclastiques.
Ces phases éruptives appartiennent à un seul événement
majeur dont le dynamisme est avant tout ignimbritique et c'est le
dynamisme phréato-magmatique qui est le principal vecteur de
la fragmentation du magma acide tout en relevant le caractère
distal des coulées pyroclastiques.
* L'ensemble médian est bien exposé sur la face orientale
de la carrière ou il apparaît constitué d'une
alternance de conglomérats, de brèches stratifiées
et de coulées pyroclastiques (nappes de ponces et projections
cinéritiques associées) dont la puissance varie de 40
à 50 mètres.
Les niveaux de conglomérats et brèches stratifiées,
au nombre de 4 et d'épaisseur variant de 3 à 15 mètres,
sont constitués à la fois de galets roulés et
de blocs anguleux dont la taille peut varier de quelques centimètres
jusqu'au mètre, emballés dans une matrice abondante.
Ces éléments sont surtout d'origine volcanique (rhyolites,
ignimbrites
).
La mise en place de ce type de roches correspond typiquement à
un mécanisme de type "coulées de débris";
ces décharges conglomératiques, à base ravinante,
colmatent des chenaux creusés dans les coulées pyroclastiques.
Les conglomérats évoluent souvent vers des tufs et
des brèches stratifiés parfois chargés en laves
dacitiques et andésitiques qui tirent leur source de l'érosion
d'édifices volcaniques sans doute éloignés. Des
passées plus fines (cinérites remaniées par l'eau)
dérivent du démantèlement sur place des coulées
pyroclastiques intercalées dans les conglomérats.
Le dynamisme éruptif invoqué pour la mise en place
de telles roches est celle de l'éjection de cendres fines lors
d'éruptions phréato-pliniennes qui voient également
l'émission d'une coulée pyroclastique ponceuse.
* l'ensemble supérieur: les ultimes projections cinéritiques
sont surmontées par un ensemble de tuffites (grès et
siltites tufacés) puis finalement par des grès feldspathiques
violacés.
* Les cycles d'activité volcanique dans les carrières
de Voutré:
Premier cycle (carrière de la Kabylie):
les manifestations volcaniques se déclenchent en milieu marin
peu profond, se marquant par un enchaînement de phases explosives
qui expulsent un volume important de cendres recouvertes de tufs et
brèches ponceux.
Ce sont des éruptions phréato-pliniennes suivies de
l'émission de coulées pyroclastiques et probablement
de projections aériennes.
Deuxième cycle (carrière de
la Kabylie): démantèlement des reliefs volcaniques
suivi de l'accumulation des débris dans un bassin marin peu
profond, fortement subsident et leur déplacement en masse dans
des coulées de boue de type lahar.
Troisième cycle (carrière de
la Massotrie): déclenché en milieu marin
peu profond le dynamisme éruptif d'abord phréato-plinien
se poursuit par l'émission de coulées pyroclastiques
ponceuses au sein desquelles la "brèche bleue" correspond
à des phases explosives hydroclastiques. Leur démantèlement
et leur déplacement correspond à des lahars.
* Emplacement des centres éruptifs:
La recherche de l'emplacement des centres éruptifs est surtout
guidée par la nature des clastes observés dans les brèches
et les conglomérats ainsi que sur le cachet distal ou proximal
des coulées pyroclastiques.
Il en ressort que les centres éruptifs se situent au nord du
synclinal des Coëvrons, à l'emplacement de la caldera
d'Assé-le-Boisne-Pail, la distance séparant les
édifices volcaniques du lieu actuel des carrières de
Voutré étant cependant difficile à évaluer.
* Milieu de mise en place:
La répétition des dynamismes hydroclastiques indique
que le milieu dans lequel se déroulent les éruptions
reste constamment sous l'emprise du facteur aquatique avec parfois
quelques émersions.

Fig. 5- Reconstitution du cadre paléogéographique
des éruptions volcaniques à l'origine de la Formation
des pyroclastites de Voutré dans les Coëvrons, Mayenne
(d'après J. Le Gall, 1993)
La paléogéographie la plus probable (fig.5) est celle
d'un domaine marin littoral s'étendant au pied de reliefs
volcaniques situés vers le nord au niveau de la caldera d'Assé-le-Boisne-Pail.
Rapidement érigés, ces reliefs somme toute meubles,
sont peu à peu démantelés; ils alimentent les
unités conglomératiques et bréchiques qui sont
piégées dans des systèmes de chenaux fluviatiles
et transportées sous formes de coulées de débris
vers la plaine côtière.
La superposition de nombreux cycles dans lesquels alternent coulées
pyroclastiques et conglomérats suggère la permanence
d'un système de paléovallées fluvio-marines qui
servent périodiquement d'exutoire aux nappes ignimbritiques
puis sont soumis à une érosion fluviatile qui restaure
le drainage initial.
* Genèse des volcanites (fig.6)
Le modèle de genèse des volcanites cambriennes du Maine
offre d'étroites analogies avec celui envisagé pour
les très nombreux massifs granodioritiques du batholite mancellien
qui affleurent du nord-est de la Bretagne à la Normandie et
au Maine.
Les données géochimiques étayent en effet l'hypothèse
de l'origine des ignimbrites par fusion crustale. En
fonction de la même signature géochimique, la nature
du substrat impliqué par la fusion s'apparente à celle
réputée à l'origine des granitoïdes mancelliens.
L'injection répétée des magmas andésitiques,
toujours étroitement associés aux volcanites acides
(cf. arrêts 1 & 2), pourrait être le facteur initiateur
de l'anatexie.

Fig. 6- Bloc diagramme illustrant l'origine
probable des volcanites cambriennes du Maine (d'après J.
Le Gall, 1993)
1- déshydratation d'une écaille
de croûte mancellienne (subduction continentale ?)
2- zone de fusion partielle au sommet du coin de manteau = genèse
des magmas andésitiques du Maine. Cette fusion est déclenchée
soit par l'action des fluides issus du lambeau de croûte subductée,
soit par un mécanisme de décompression adiabatique du
manteau lors de la distension cambrienne.
3- Fusion partielle de la croûte continentale inférieure
et moyenne: production des magmas acides du Maine.
4- Chambre magmatiques, non ou peu zonées, dans lesquelles
se déroulent des mécanismes de cristallisation fractionnée
d'ampleur limitée (réservoirs ignimbritiques).
5- Différenciation des magmas andésitiques par cristallisation
fractionnée dans de petits réservoirs superficiels (production
de laves dacitiques, rhyodacitiques et rhyolitiques).
6- Interaction entre magma mantellique et croûte continentale:
genèse des dacites à grenat.
7- Injection de magma basique à la base de la chambre magmatique
(déclenchement de certaines éruptions ignimbritiques
paroxysmales.
8- Mise en place de dômes rhyolitiques.
Rédaction du compte-rendu: Jean Plaine, Juin 2004
Clichés: J. Plaine
Documents utiles
Carte géologique de la France à 1/50
000ème, feuilles:
- La Ferté-Macé n° 250
- Villaines-la-Juhel n° 286
- Sillé-le-Guillaume n° 321
Guides géologiques régionaux: Normandie,
Masson éd.
La Normandie- bibliothèque du naturaliste, Delachaux et Niestlé
éd., 2003 (partie géologie armoricaine rédigée
par J. Le Gall).
Orientation bibliographique
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le Paléozoïque inférieur des Coëvrons (carrière
de Voutré, Mayenne). Bull.Soc.géol.France,XI,800-809.
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de la Charnie (E. du Massif armoricain): pétrographie, encadrement
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d'une province volcanique: l'exemple du graben cambrien du Maine (Est
du Massif armoricain). Pétrogenèse des magmas andésitiques
et ignimbritiques et leur signification dans l'évolution géodynamique
cadomienne (Thèse Etat, Caen). Mém.Géosciences
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