La
sortie du 23.05.2004 dans la Baie du Mont Saint-Michel
Normande
et bretonne,
la Baie du Mont-Saint-Michel
Sortie animée par Bernadette Tessier, Université
de Caen
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Partagée entre Normandie et Bretagne, aux confins du golfe
normand-breton, la baie du Mont-Saint-Michel, site reconnu au patrimoine
mondial, est un lieu privilégié qui permet l'observation
d'un grand nombre de phénomènes de sédimentation
actuels ou récents.
La marée, incarnée par l'expression "comme un
cheval au galop", en a forgé la notoriété;
elle en est également le facteur naturel principal qui construit
son environnement et contrôle son fonctionnement sédimentologique.
Introduction
La baie du Mont-Saint-Michel s'inscrit toute entière dans
le cadre et dans l'histoire géologique récente du Massif
armoricain.
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Ce n'est en effet vraiment qu'à partir du Quaternaire
que commence le façonnement de la région qui
va conduire aux paysages que l'on observe actuellement autour
de la Manche.
Vers 1,6 millions d'années s'installe un régime
climatique particulier qui voit l'alternance de périodes
très froides, les glaciations, et de
périodes plus tempérées, les stades
interglaciaires.
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Pendant les périodes glaciaires le niveau des mers s'abaisse
parfois considérablement en même temps que les fleuves
incisent profondément leur substratum. Dès que le réchauffement
s'amorce, le niveau marin remonte et la mer peut alors envahir les
zones basses en les remplissant de sédiments marins.
Depuis environ 1 million d'années, ces alternances climatiques
se sont produites au rythme de l'ordre de 120 000 ans, les refroidissements
étant souvent longs alors que les réchauffements étaient
généralement plus rapides.
La région n'a pas échappé à ces cycles,
étant occupée soit par des steppes sibériennes,
soit par des paysages littoraux et estuariens de climat tempéré.
Aujourd'hui, la baie du Mont-Saint-Michel est le résultat
du dernier cycle glaciaire/interglaciaire, la chute du niveau marin
liée au dernier refroidissement ayant eu pour effet d'éroder
la totalité des sédiments marins déposés
au cours de la transgression précédente.
Il y a donc environ 20 000 ans la dernière glaciation était
à son plus fort, le niveau de la mer se situait à 120
mètres au dessous du niveau actuel et la baie était
soumise à un climat quasiment arctique.
Elle était occupée par une steppe balayée par
des vents violents qui provoquaient l'accumulation de sables éoliens
au pied des reliefs et l'épandage de loess sur les plateaux
environnants.
A l'amorce du réchauffement, la mer est remontée progressivement
en inondant la Manche. Il y a 9000 ans le niveau marin était
à environ 30 mètres sous le niveau actuel et la mer
s'insinuait alors dans des vallées fluviatiles surcreusées.
Commence alors l'époque interglaciaire holocène et,
avec elle, le remplissage de la baie qui se poursuit aujourd'hui.
Le parcours et les différents
arrêts
Cette journée, suivie par une vingtaine de personnes,
a consisté en une itinérance dans la partie orientale
de la baie, depuis le Nord jusqu'à l'Ouest (fig. 1), de façon
à examiner ses principaux sous-environnements morphosédimentaires
(les barrières littorales sableuses du nord, le système
estuarien à l'est, les estrans de marée et barrières
coquillières au sud et à l'ouest), et ainsi comprendre
comment fonctionne et évolue cet environnement littoral actuel.
La constitution de termes de faciès, la géométrie
et l'organisation séquentielle des différents corps
sédimentaires qui participent au remplissage de la baie ont
été regardées en détail.

Fig. 1- Carte du parcours avec emplacement des différents
arrêts
Arrêt n°1 - Le point de vue à partir des Falaises
de Champeaux
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Entre Carolles et Saint-Jean-le-Thomas les falaises
de Champeaux, formées du granite de Carolles (granodiorite
cadomienne) et des cornéennes qui l'entourent, sont un
magnifique belvédère à partir duquel la
vue embrasse toute la baie.
L'endroit est idéal pour appréhender la morphologie
de ce vaste domaine, pour reconnaître les grands sous-ensembles
morphosédimentaires (fig. 3) qui contribuent à
son originalité et à sa singularité et
pour évoquer les paramètres physiques qui régissent
son fonctionnement.
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A l'aide de la superbe coupure spéciale de la carte géologique
de France à 1/50 000ème "Baie du Mont-Saint-Michel"
éditée il y a quelques années par le Servive
géologique national (BRGM) l'animatrice de cette journée
nous a fait la nécessaire présentation géographique,
géomorphologique et géologique de la région.
Les grands traits morphologiques (fig. 2
& 3)
La baie du Mont-Saint-Michel dessine un vaste arc de cercle ouvert
au nord-ouest sur la Manche. Elle est verrouillée au nord par
le granite de Carolles et à l'ouest par le granite et les roches
métamorphiques de la pointe du Grouin à Cancale.
Son substratum est essentiellement fait de schistes briovériens
qui affleurent peu sur le littoral immédiat si ce n'est à
la pointe du Mont Manet (Genêts), au Grouin du Sud (Vains),
à la pointe de Roche-Torin (Courtils) ou à Château-Richeux
(Saint-Méloir-des-Ondes).
Avec un marnage de plus de 15 mètres en période d'équinoxe,
les marées en baie du Mont-Saint-Michel se placent au troisième
rang mondial après celles de la baie de Fundy au Canada, et
de l'estuaire du Severn en Angleterre.
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Soumise au balancement incessant de ces marées, la
baie présente un vaste estran d'environ 200 km2 qui
peut atteindre 10km de large et dont la platitude est simplement
rompue par les îlots granitiques de Tombelaine et du
Mont-Saint-Michel.
Cet espace démesurément vaste est prolongé
vers l'intérieur par des zones conquises et aménagées
par l'homme: marais de Dol, polders du Mont-Saint-Michel.
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Trois rivières qui ont statut de fleuves, débouchent
dans la baie: la Sée et la Sélune à l'est et,
bien sûr, le Couesnon au pied du Mont.
Leur débit est la plupart du temps faible et elles n'apportent
quasiment pas de sédiments à la baie, sinon des particules
argileuses.
Malgré tout, elles débouchent sur la Manche par un vaste
système estuarien dont le rôle est fondamental dans le
fonctionnement sédimentaire de la baie.
La morphologie de la baie est très diverse. A l'ouest, dans
la région de Cancale, la côte rocheuse est très
découpée. On retrouve ce même type de falaises
à l'extrémité du massif de Carolles où
elles sont prolongées au sud par un long cordon dunaire tendu
entre Saint-Jean-le-Thomas et le bec d'Andaine. La partie méridionale
de la baie, entre Genêts et Château-Richeux, est différente.
En avant des digues qui protègent marais et polders se développe
un schorre (ou herbu, ou pré salé) parfois très
large (plus de 2000 mètres) qui forme transition entre le milieu
terrestre et le domaine maritime.
Protégée par les îles anglo-normandes et par
la pointe du Grouin à Cancale, la baie est peu soumise aux
grandes houles de nord-nord-ouest.
Dans ce contexte, ce sont principalement et essentiellement les marées
qui contrôlent le fonctionnement tant sédimentologique
que biologique de la baie, les vents de tempêtes s'ajoutant
efficacement aux processus sédimentaires.
Ainsi se constitue au fond de ce domaine un prisme de sédiments
marins dû au fait que le bilan sédimentaire de chaque
marée est inexorablement positif car la vitesse et par conséquent
l'énergie de la marée descendante (jusant) est inférieure
à celle de la marée montante (flot).
A l'entrée de la baie, en zone subtidale (en dessous des plus
basses mers) on trouve des sables grossiers parfois riches en débris
coquilliers, localement remplacés par des galets et des graviers.
En zone intertidale (zone de balancement des marées) l'essentiel
du sédiment déposé est constitué par du
sable et surtout en zone supratidale par de la tangue,
vase sablo-silteuse riche en calcaire, d'autant plus fine que sa position
est élevée.

Fig. 2- Carte géologique simplifiée de
la baie (d'après Larsonneur et coll., 1989; L'Homer et al.,
1999)
Selon l'alternance d'épisodes transgressifs et régressifs,
des sédiments marins s'intercalent dans des dépôts
de tourbe d'origine continentale.
Dans les zones recouvertes seulement aux marées de vive eau
la tangue colonisée par la végétation constitue
le schorre ou herbu. Au contraire, vers le large, les zones
recouvertes à chaque marée sont dépourvues de
végétation. C'est la slikke, séparée
du schorre, soit par une
microfalaise, soit par une zone de transition ou haute-slikke.
Les sous-ensembles morphosédimentaires
* Au nord, entre le flanc du massif de Carolles et le Bec d'Andaine,
s'individualise un trait de côte à contexte mixte: le
substrat de la basse plage est de type estuarien à marais maritime,
tandis que la partie haute de l'estran est de type plage dominée
par la houle.
En effet, fortement soumise aux houles d'ouest et de nord-ouest, la
région de Saint-Jean-le-Thomas est actuellement la seule zone
qui subit l'érosion. Le sable ainsi libéré est
emporté par les courants de dérive littorale qui partent
vers le sud. Ainsi se construisent et se modifie les flèches
sableuses de Dragey et du Bec d'Andaine.
A noter que ce phénomène naturel est depuis quelques
années contrarié par les malencontreux enrochements
réalisés à Pignochet sur la commune de St-Jean-le-Thomas.
*Au sud-est se développe une morphologie qui
s'articule sur des chenaux de marée depuis une zone externe
avec barres tidales et mégarides jusqu'aux larges embouchures
de la Sée, de la Sélune et du Couesnon; c'est la baie
estuarienne qui peut être subdivisée en trois
secteurs:
· la zone externe qui s'épanouit en un éventail
pré-estuarien, encore appelé delta de marée.
· La zone médiane qui est le débouché
estuarien commun aux 3 fleuves côtiers de la baie. La grande
largeur de cette zone estuarienne bordé de schorres
(les herbus) est due à la navette quotidienne des courants
de marée et à l'importance des volumes oscillants qui
leur sont liés.
· La zone interne représentée par les estuaires
des trois principaux cours d'eau.

Fig. 3- Les grands ensembles morphosédimentaires
(In L'Homer et al., 1999)
* Au sud-ouest et sud, à l'abri des houles dominantes et des
courants de marée alternatifs se développe entre Cancale
et le "Banc des Hermelles" (bioconstructions récifales
actuelles dues à des vers annélides polychètes)
un fond de baie à pente faible, régulière,
où l'influence estuarienne est faible (tidal flat).
Descendre vers Saint-Jean-le-Thomas. A la
sortie de ce village, en direction de Genêts, prendre à
droite la D 483 qui part vers la plage de Pignochet. Après
500 mètres on trouve un rond-point; prendre à gauche
la route vers Dragey (Chemin Montois) qui longe la côte en direction
du sud vers le Bec d'Andaine.
Après 1 kilomètre, face au chemin qui part à
gauche vers le hameau de Obrey (rue de la Claire Douve), stationner
sur la droite de la route pour aller à pied vers les dunes
de Dragey et la plage.
Arrêt n°2 -Les dunes de Dragey - La tourbière
de Saint-Jean-le-Thomas
Plus qu'ailleurs cette plage est exposée
aux houles dominantes. Cette dynamique de haute énergie
entraîne une érosion spectaculaire à la
fois de la plage mais aussi des dunes qui la bordent. Comme
le montrent divers documents aériens le recul a été
d'environ 250 mètres depuis la moitié du XXème
siècle.
Aujourd'hui, une petite falaise vive entame
les cordons dunaires prouvant ainsi la persistance du phénomène
érosif. Celui-ci est encore plus criant lorsque l'on
va au sud vers La Dune (descente aménagée vers
la plage).
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L'estran lui-même est une vaste surface d'érosion pratiquement
dépourvue de sédiments actuels qui laisse même
apparaître des amas de galets mais surtout une assez vaste étendue
de sédiments grisâtres, noirâtres ou bruns bien
visibles lorsque la mer est basse.
Il s'agit de niveaux vaseux et tourbeux que la marée descendante
découvre peu à peu.
Les vases sont finement litées et les niveaux de tourbes montrent
partout d'anciennes traces de racines, principalement de roseaux.
Il s'agit là des restes fossilisés d'une vasière,
avec son marigot, et d'un marais maritime, mis en place il y a quelque
4000 ans en arrière d'une ancienne barrière littorale
qui a aujourd'hui entièrement disparu en raison de la remontée
de la mer au cours des derniers milliers d'années.
Avec un peu d'attention on peut même reconnaître des empreintes
fossiles de bovidés.
Cet affleurement de vasières et marais anciens mis au jour
à la faveur de l'érosion est exceptionnel dans le contexte
de comblement général de la Baie du Mont Saint Michel.
Il permet de bien comprendre comment un paysage côtier, un environnement
sédimentaire littoral peut évoluer et, notamment, être
détruit sous l'influence d'une transgression.
Reprendre la route, laisser sur la droite
le site de La Dune (Dragey-Plage) et continuer sur quelques centaines
de mètres vers Genêts pour prendre sur la droite, juste
avant un puits, un chemin qui mène à un petit parking.
Continuer à pied vers le rivage.
Arrêt n°3 -Les dunes de Dragey (suite)
Cet arrêt montre un vaste ensemble de cordons dunaires qui
ne progressent plus. Ils présentent une morphologie caractéristique,
les cordons étant parallèles et séparés
par des dépressions d'ailleurs aujourd'hui sillonnées
de pistes qui voient le passage des chevaux à l'entrainement
(une activité typiquement locale!).
Ces flèches sableuses, surmontées de dunes dans leurs
parties les plus élevées, constituent une barrière
littorale en arrière de laquelle se déposent des sédiments
fins lorsque les grandes marées parviennent à la contourner,
voire à la submerger.
Ces vasières d'arrière-barrière (les "bâches")
se comblent peu à peu et finissent par être entièrement
occupées par la végétation d'herbus dans les
parties les plus internes.
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A l'est, l'horizon est marqué par les hauteurs constituées
de sédiments briovériens; il s'agit d'un ancien
littoral rocheux ("falaise fossile").
Une zone marécageuse (marais de la Claire Douve) longe
cet ancien littoral.
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A la sortie de Genêts prendre à
droite la direction de Saint-Léonard, rejoindre la côte
au Grand Port. La route passe devant l'une des Maison de la Baie (relais
de Vains-Saint-Léonard) puis monte légèrement
pour offrir un superbe point de vue sur le Mont.
Arrêt n°4 -La pointe rocheuse du Grouin du Sud
A la confluence de la Sée et de la Sélune, le Grouin
du Sud est une pointe rocheuse qui permet d'apprécier la nature
du substratum de la baie. Celui-ci est constitué de sédiments
protérozoïques du domaine nord-armoricain rangés
dans le Briovérien. Ce sont des siltites et des grès
fins à litage très bien exprimé. Les figures
sédimentaires y sont fréquentes.
On remarquera que ces roches ont été exploitées
sur le flanc sud de la pointe où il est possible d'identifier
une ancienne carrière littorale.
C'est aussi un point d'accès à la baie à partir
duquel des traversées sont organisées (un guide est
indispensable).
Poursuivre le long du littoral et rejoindre
Avranches. Prendre la voie rapide pour aller en direction de Pontorson.
Prendre sur la droite la sortie Le Val-Saint-Père et suivre
la direction du Gué de l'Epine.
Arrêt n°5 -Le schorre du Gué de l'Epine
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La pause du déjeuner s'est effectuée
au Gué de l'Epine, dans la zone estuarienne franche de
la Sélune. A l'horizon, le Mont émerge d'un schorre
très largement développé, parcouru de petits
chenaux secondaires qui se jettent dans la slikke du chenal
de divagation du fleuve.
En cet endroit, comme en d'autres, le phénomène
du mascaret est observable lors de marées favorables.
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Rejoindre Pontaubault via Argennes.
A Pontaubault, juste avant de franchir la Sélune, un chemin
part sur la droite le long du fleuve, passe sous le pont de chemin
de fer. Il est possible de stationner juste après.
Traverser l'herbu (attention aux clôtures!) pour rejoindre la
Sélune.
Arrêt n°6 -A Pontaubault, la tangue des bords de la
Sélune
A proximité même de Pontaubault la Sélune entame
en microfalaise le schorre laissant apparaître la tangue qui
comble l'estuaire, apportée par les marées successives.
Dans la partie estuarienne de la baie, à chaque marée
montante, le flot apporte en effet un volume considérable de
sédiments que le jusant, de vitesse généralement
plus faible, n'arrive pas a rapporter à la mer dans sa totalité.
C'est ainsi que l'estuaire se comble naturellement, et que le Mont-Saint-Michel
s'ensable.
L'une des caractéristiques sédimentologiques de l'estuaire
de la baie du Mont-Saint-Michel tient dans la nature du sédiment
qui s'y dépose, la tangue.
Il s'agit d'un matériel fin (sables
très fins à silts), de couleur grise contenant en moyenne
50% de particules carbonatées, l'autre moitié étant
constituée de grains de quartz, de feldspath et de roches.
La fraction carbonatée est composée d'une fine mouture
de débris de coquilles d'organismes marins, brisées
et apportées sous l'action des courants de marée et
des houles dans la baie.
Contenant très peu d'argile, la tangue manque de cohésion
et est facilement remise en suspension par les courants de marée.
Elle peut cependant être aisément drainée et ainsi
se compacter rapidement.
Toutes ces propriétés font de la tangue un sédiment
particulier, à la fois très mobile sous l'action des
courants et susceptible de conserver en son sein les figures sédimentaires
qu'ils peuvent créer.
C'est donc un sédiment "parfait" pour enregistrer
la marée, en particulier son caractère cyclique.
En coupe, la tangue présente un aspect laminé, montrant
une alternance de lits clairs et sombres de quelques millimètres
d'épaisseur. Les lits clairs sont constitués de sables
fins et les lits sombres sont des silts plus ou moins argileux.
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Chaque "doublet sédimentaire"
lit clair-lit foncé représente l'enregistrement
sédimentaire d'une marée: le flot dépose
un lit de sable puis, au moment de l'étale de haute mer,
les sédiments plus fins peuvent décanter, drapant
alors le lit sableux du flot.
Le jusant, de faible vitesse, ne remobilise que très
rarement ce doublet qui a le temps de se compacter, de se solidifier
et d'être ainsi préservé par le doublet
suivant.
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Si, dans le domaine de la slikke, on examine encore plus près
ce litage, on remarque que bien souvent les doublets se regroupent
par 10-12 pour former des paquets séparés les uns des
autres par un mince lit noir. Cette disposition correspond à
l'enregistrement sédimentaire du cycle tidal de 14 jours dit
"semi-lunaire", de morte-eau/vive-eau/morte-eau.
Avec deux marées par jour, un cycle semi-lunaire complet comporte
28 marées.
Le domaine de la haute-slikke est seulement atteint par les marées
de vive-eau ce qui explique pourquoi les paquets sédimentaires
"semi-lunaires" n'y comptent qu'une douzaine de doublets.
En période de morte-eau la surface de la tangue est émergée
subit une "dessiccation" et durcit. Cette émersion
prolongée permet une forte activité bactériologique
qui se traduit par le mince lit noir.
Les enregistrements sédimentaires des cycles tidaux semi-lunaires
sont appelés "rythmites tidales".
Ils se forment typiquement dans les parties internes des estuaires
comme c'est ici le cas à proximité de Pontaubault, là
où les courants de marée ne sont pas contrariés
par l'action des vagues.
L'existence des rythmites tidales permet de mesurer la rapidité
des phénomènes naturels de comblement qui caractérisent
les domaines estuariens en général et la baie en particulier,
auxquels est lié l"ensablement" du Mont-Saint-Michel.
Par ailleurs, la position des chenaux de l'estuaire dicte l'emplacement
des aires où les tangues peuvent se déposer tranquillement
et des aires où, au contraire, elles sont érodées.
Du fait de la migration incessante des chenaux, des rythmites tidales
déposées au cours de plusieurs années sont souvent
érodées, complètement ou en partie, par la suite.
La haute slikke demeure le domaine privilégié pour
le dépôt des rythmites tidales dont les aspects sont
très variés.
A l'opposé, dans le domaine du schorre, seulement inondé
par les marées d'équinoxe, les tangues très fines
ne montrent pas de rythmites tidales d'origine semi-lunaire. Les paquets
de "doublets" y sont l'expression sédimentaire du
cycle annuel au cours duquel alternent périodes de dépôt
(automne, printemps) et périodes de sédimentation extrêmement
réduite favorisant le développement de la végétation
des herbus (été).
Il faut noter que les rythmites tidales reconnues dans la baie
du Mont-Saint-Michel sont fréquemment citées en référence
par les spécialistes qui travaillent sur les sédiments
estuariens et que par ailleurs de tels dépôts sont connus
et reconnus dans les sédiments estuariens fossiles.
Depuis Pontaubault rejoindre la N.175 qui
va vers Pontorson et le Mont-Saint-Michel.
Au niveau de Pontorson prendre la sortie Saint-Jean-de-Gréhaigne
(D 797).
La route longe la falaise fossile constituée ici du granite
de Saint-Broladre entouré de cornéennes briovériennes.
Elle offre de beaux points de vue sur les polders.
A Cherrueix rejoindre la zone des moulins à vent implantés
sur la digue et stationner pour traverser l'herbu et atteindre la
zone des cordons coquilliers.
Arrêt n°7 - Le fond de baie et les cordons coquilliers
de Cherrueix (Ille-et-Vilaine)
Au droit de Cherrueix, le fond de la baie du Mont-Saint-Michel correspond
à un environnement de plage à très faible pente.
Ce sont les courants de marée qui sont responsables de cette
morphologie et de la nature granulométrique relativement faible
de l'estran (sand flat).
Une seconde unité morphosédimentaire est représentée
par les alignements de grands bancs coquilliers qui prennent
appui sur la bordure du schorre ou de la haute plage. Ces "langues
coquillières" ont une amplitude de 60cm à 1mètre
pouvant localement atteindre 1,5 à 2 mètres.
Elles peuvent mesurer jusqu'à 800 m de long pour 100 m de large.
La section de ces cordons est dissymétrique, le versant abrupt
faisant face à la digue de la Duchesse Anne.
Le matériel est essentiellement coquillier mais admet des
graviers et des petits galets.
Ces thanatocénoses (assemblages d'organismes morts) sont en
majorité constituées de bivalves, sauvages ou domestiques:
Ostrea, Cerastoderma, Mactra, Mytilus, Solen, Tellina, Macoma.
L'origine de ces coquilles est à rechercher dans les peuplements
du domaine infralittoral; les marées n'étant pas susceptibles
de réaliser ce type d'accumulation, il faut y voir la manifestation
de phénomènes plus violents comme le déferlement
des houles de tempêtes qui parviennent à atteindre le
fond de la baie.
Sous l'action des houles, les coquilles sont triées puis acheminées
vers le haut de l'estran où elles s'amoncellent.
En arrière des cordons s'individualisent des microdispositifs
lagunaires uniquement fonctionnels en vives eaux, à
pleine mer.
Des vasières d'arrière-cordons, abritées
des houles constituent des cellules de décantation
où se produit une sédimentation vaseuse très
fine qui se signale en période d'assèchement
par de larges fentes de retrait.
Les cordons coquilliers avançant vers le domaine continental,
ils laissent derrière eux ces vases qui affleurent,
formant de grandes plaques horizontales sur les sables du
haut estran.
Dans la baie, les cordons coquilliers les mieux développés
et les plus accessibles à l'observation sont localisés
à l'ouest de la commune de Cherrueix.
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Rédaction du compte-rendu: Jean Plaine, Juillet
2004
Clichés Jean Plaine
Orientation bibliographique
On trouvera une bibliographie complète dans
la notice explicative de la Feuille Baie du Mont-Saint-Michel: A.
L'HOMER et al. 1999- Feuille Baie du Mont-Saint-Michel, n°208,
éditions du BRGM (Orléans).
BAJARD J. 1966- Figures et structures sédimentaires dans la
zone intertidale de la partie orientale de la baie du Mont-Saint-Michel.
Rev.géogr.phys. et géol. dyn.,ns,t.8,fasc.1,p.39-111.
BONNOT-COURTOIS C., CALINE B., L'HOMMER A & LE
VÔT M. 2002- La Baie du Mont-Saint-Michel et l'estuaire de la
Rance. Environnements sédimentaires, aménagements et
évolution récente. Mémoire Elf-Aquitaine, n°26.
CALINE B., LARSONNEUR C., L'HOMER A. 1982- La baie
du Mont-Saint-Michel: principaux environnements sédimentaires.
Mém.géol.Univ.Dijon,7,Livre Jubilaire Gabriel Lucas,p.37-51.
COMPAIN P., LARSONNEUR C. & WALKER P. 1988- Les
sédiments et leur dynamique dans la partie nord-est de la Baie
du Mont-Saint-Michel. Bull.Soc.linn.Normandie,112/113, 109-114.
EHRHOLD A. 1999- Dynamique de comblement d'un bassin
sédimentaire soumis à un régime mégatidal:
exemple de la baie du Mont-Saint-Michel. Thèse de Doctorat,
Univ. Caen,294p. + annexes.
LARSONNEUR C. 1989- La baie du Mont-Saint-Michel.
Bull.Inst.geol. du bassin d'Aquitaine,n°46,p.1-75.
TESSIER B. 1990- Enregistrement des cycles tidaux
en accrétion verticale, dans un milieu actuel (la Baie du Mont-Saint-Michel),
et dans une formation ancienne (La molasse marine miocène du
bassin de Digne). Thèse de l'Université de Caen, 122p.
TESSIER B. 2002- Les faciès d'estuaire interne.
Les rythmites tidales dans les tangues du Gué de l'Epine. In
Bonnot-Courtois et al. (Eds) La Baie du Mont-Saint-Michel et l'estuaire
de la Rance. Environnements sédimentaires, aménagements
et évolution récente. Mémoire Elf-Aquitaine,
n°26.
Muséographie- Maison de la Baie
La naissance de la baie (géologie, sédimentologie).
Exposition permanente au relais de Courtils, route de la Roche Torin,
Courtils (Manche)